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Avec le Cloud Act voté avant l’été, les Etats-Unis peuvent désormais réclamer toutes les informations récupérées par leurs entreprises, et ce même à l’étranger. Une violation des accords de coopération internationale qui inquiète les institutions françaises, conscientes de la nécessité de protéger les données personnelles. Ce qui a notamment incité l’Assemblée nationale et France Télévisions à adopter le moteur de recherches français Qwant pour se prémunir de toute possibilité d’ingérence. 

Avec l’entrée en vigueur en mai dernier du RGPD, le règlement européen de protection des données, on pensait que notre vie privée serait enfin mieux protégée des assauts scrutateurs des géants du Web. Erreur : les Etats-Unis ont contre-attaqué un mois plus tard en adoptant au Congrès le Cloud Act. Une législation qui autorise les autorités américaines à réclamer les données personnelles récoltées par leurs entreprises à l’intérieur, comme à l’extérieur des Etats-Unis. Malgré le RGPD, les USA partent de plus belle à l’assaut de nos données personnelles.

Le Cloud Act, atteinte à la démocratie et risque d’espionnage

On sait depuis longtemps que, lorsqu’on effectue une recherche sur Google, le moteur de recherche en conserve une trace, qui contient notamment notre adresse IP et des informations sur notre système d’exploitation. Sans compter les cookies (des fichiers permettant de retracer l’historique de navigation) insérés par Google, qui permettent aux annonceurs de proposer des publicités ciblées. 

Mais le Cloud Act va beaucoup plus loin : le gouvernement américain a désormais le droit de réclamer à tous les fournisseurs de service travaillant sur le sol de la superpuissance les données stockées sur leurs serveurs. Et ce, « quelle que soit » la localisation de ces derniers. Le texte, voté en douce à l’occasion de la Loi sur les dépenses 2018, offre un cadre légal à la saisie de documents, de mails et de toutes les communications captées à l’étranger par les serveurs des sociétés américaines. Avec un mépris total pour les règles et les accords de coopération internationale.

Une atteinte évidente à la démocratie, mais aussi un réel risque d’espionnage économique à l’encontre des entreprises du monde entier.

Les spécialistes sont d’ailleurs unanimes : pour contrer ce Cloud Act, les pays européens n’ont pas d’autre solution que de reprendre la maîtrise de leurs données. cloud-act-qwant-google

Qwant, l’alternative française à 70 millions de visiteurs

Face à la menace, les autorités françaises semblent avoir pris conscience de l’enjeu. Fin septembre, l’Assemblée nationale a ainsi choisi de délaisser Google pour faire le choix du moteur Qwant. Toutes les recherches effectuées par les ordinateurs et les tablettes numériques équipant les députés et les employés de l’institution se feront désormais avec ce moteur français, véritable alternative à ses concurrents américains.

Depuis son lancement sur la Toile en 2013, Qwant se positionne comme « 100% protecteur » de la vie privée, en bannissant cookies et traçages publicitaires. Son PDG, Éric Léandri, assurait début septembre au quotidien Le Parisien « qu’aucun historique de recherche n’est conservé ». L’entreprise, qui vit grâce à des liens sponsorisés, promet aussi de bannir les publicités intempestives. Une offre respectueuse  des utilisateurs qui séduit déjà 70 millions de visiteurs uniques par mois.

Parmi eux, quelques gros poissons comme France Télévisions, qui utilise Qwant par défaut sur tous ses postes de travail en interne depuis juillet. Un choix similaire a été fait par le Conseil économique, social et environnemental (CESE). En vue de préparer les futures générations, le moteur de recherches a même développé Qwant Junior, une version pour les 6-12 ans qui filtre notamment les images choquantes. A l’heure actuelle, neuf académies sur quatorze, regroupant 4 millions d’élèves, l’auraient déjà adopté pour initier les enfants à la recherche sur Internet.

DuckDuckGo, l’Américain qui respecte les données

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Outre le Français Qwant, les Américains semblent avoir eux aussi saisi l’importance de l’enjeu de la protection des données en développant des moteurs anonymes, qui ne collectent aucune donnée. DuckDuckGo, qui dénombre 15 millions de requêtes par jour, est le métamoteur qui monte auprès des utilisateurs. Il agrège les résultats d’une cinquantaine de moteurs (Yahoo !, Bing, Wikipédia…) mais tourne en mode privé, sans stocker d’adresse IP ni collecter de cookies ou d’historique de recherches.

De son côté, Framabee est un moteur libre géré par l’association Framasoft. Seule condition d’utilisation : il faut savoir coder pour le paramétrer. Sinon, Startpage permet également d’interroger Google mais de façon anonyme. Les réponses sont précises et pourtant le service n’enregistre ni adresse IP, ni cookies. Comme une sorte de protection entre Google et l’usager pour empêcher la collecte de données. 

Enfin, le métamoteur Disconnect Search rassemble les résultats des moteurs de recherche de son choix (Google, Bing, Yahoo, Duck Duck Go), sans lier la recherche à une adresse IP, permettant là encore d’effectuer des recherches en tout anonymat.